Parcours et regard

Quel a été votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui ?

Mon parcours m’a conduit du terrain à la recherche, avant de me ramener vers une autre forme de terrain : le pilotage de l’école. J’ai commencé au cœur de la pratique : d'abord comme enseignant, puis en tant qu'enseignant spécialisé et psychologue scolaire. Ces années au contact direct des élèves, des familles et des difficultés concrètes en classe ont forgé ma conviction que chaque enfant a sa place à l'école. 

Par la suite, j'ai rejoint le monde académique comme professeur à la Haute École Pédagogique vaudoise (HEP Vaud) pour mener des recherches et des enseignements notamment sur des questions d'inclusion et de gestion de l'hétérogénéité. 

Aujourd'hui, en tant que chef de service, j'ai le sentiment de boucler la boucle : mon poste actuel me permet de traduire cette expérience clinique et pédagogique en politiques publiques concrètes. C'est une démarche cohérente qui va de la compréhension intime de l'élève à la gestion globale du système scolaire neuchâtelois. 

Quelles sont les missions principales de votre service ?

Notre mission est de garantir que chaque enfant du canton, de la 1re à la 11e année, reçoive une éducation de qualité. Dans ce cadre, le Service de l'enseignement obligatoire (SEEO) agit comme la clé de voûte de l'organisation scolaire neuchâteloise. Nos missions se structurent autour de deux axes indissociables. 

Le pilotage de la scolarité obligatoire consiste à garantir, dans l’ensemble des écoles et des classes du canton, une mise en œuvre cohérente du Plan d’études romand (PER) ainsi qu’une application rigoureuse du cadre légal. Il s’agit d’assurer une continuité pédagogique et organisationnelle sur tout le territoire cantonal, en préservant un socle commun qui garantit l’égalité de traitement, tout en faisant preuve d’équité pour tenir compte des situations particulières d’enseignement et d’apprentissage. 

La pédagogie spécialisée constitue un pilier central de notre mission. En collaboration avec les directions des centres scolaires et les professionnel-le-s qui y travaillent, nous veillons à identifier et à accompagner les élèves présentant des besoins éducatifs particuliers. Cela implique de définir le cadre dans lequel les mesures de soutien doivent s’inscrire, ainsi que d’en assurer le subventionnement, afin de permettre leur organisation et leur déploiement, tant en classe ordinaire que dans des structures spécifiques. Notre objectif est d’offrir à chaque élève des réponses adaptées à son profil, afin de favoriser son intégration et sa réussite scolaire. 

Quels sont les principaux enjeux ou défis auxquels vous êtes actuellement confronté·e ?

Un des défis majeurs aujourd'hui n'est plus seulement une question de principe, mais une réalité de terrain : l'hétérogénéité croissante des besoins des élèves. Au quotidien, tant les élèves que le corps enseignant font face à des difficultés accrues chez les premiers de concentration, de comportement ou de rythmes d'apprentissage. Notre enjeu est de trouver des réponses sur mesure pour ces situations individuelles, tout en maintenant un cadre scolaire qui doit rester normatif et garant de la qualité de la formation. C'est une ligne de crête étroite entre la flexibilité nécessaire et l'exigence du système. 

Nous devons également naviguer dans la complexité de la gouvernance de l'école neuchâteloise. Notre modèle a la particularité d'être fortement régionalisé, avec une répartition des compétences entre l'État et les communes (cercles scolaires). Ce mode de fonctionnement fait d'ailleurs l'objet de discussions nourries au Grand Conseil, notamment via une motion récente (24.141) qui interroge cette répartition des charges et des responsabilités. Le défi est d'assurer une cohérence cantonale forte tout en respectant l'autonomie et les spécificités locales.

Qu’est-ce qui rend votre service particulièrement important pour la population neuchâteloise ?

Pour la majorité des parents et des citoyens, le premier visage de l’école est celui de l’enseignant-e, de la direction du centre scolaire ou de l’élu-e communal-e. Dans notre système régionalisé, le SEEO est sans doute moins visible, mais il n’en demeure pas moins le garant de l'égalité et de l’équité territoriale. Sa mission essentielle consiste à harmoniser l’organisation et les pratiques pédagogiques afin d’assurer, partout dans le canton, des conditions d’enseignement comparables et des chances de réussite équivalentes. 

Au-delà de ce rôle de pilotage, le service assume aussi une fonction de médiation indispensable. Lorsque le dialogue se tend entre une famille et une direction d’école, ou lorsque des parents se sentent démunis face aux procédures, nous intervenons pour favoriser la communication et, le cas échéant, traiter les recours en dernier ressort. Nous veillons ainsi à ce que le droit à l’instruction soit respecté partout et pour tous. 

Enfin, le SEEO est l’interlocuteur de référence pour l’ensemble des parties prenantes — notamment les associations professionnelles, les syndicats d’enseignants et les associations de parents — dès lors que les enjeux dépassent le cadre local pour être débattus à l’échelon cantonal. 

Pouvez-vous donner un exemple concret d’action menée par votre service ?

Un exemple concret est la refonte complète des mesures de soutien au sein d'un plan des mesures (PM). Ce chantier illustre parfaitement la complexité de notre travail : il a fallu partir de concepts pédagogiques, les confronter à la réalité du terrain, puis les traduire dans des textes légaux (arrêtés, règlements et directives). L'enjeu était de clarifier qui fait quoi, quand et comment, pour que chaque élève reçoive le soutien adéquat.

Cette démarche n'a pas été faite en vase clos. Nous avons sollicité la collaboration ou le préavis de toutes les parties prenantes — directions d'école, corps enseignant et parents. Ce dialogue a permis d'appliquer un principe de réalité indispensable : nous devons répondre aux besoins des élèves en tenant compte de l'existant et des ressources à disposition. C'est un travail d'équilibriste entre l'idéal pédagogique et les ressources publiques, pour aboutir à un cadre solide et transparent pour tous.

Que diriez-vous à une personne qui envisagerait de rejoindre votre service ou l’État de Neuchâtel ?

Je lui dirais que rejoindre le Service de l'enseignement obligatoire, c'est choisir un métier qui a un sens profond et immédiat. L'école est l'une des rares institutions qui nous touche tous, que ce soit comme élève hier ou comme parent aujourd'hui. L'impact de nos décisions et du travail mené aussi bien au SEEO que dans les centres scolaires est donc considérable pour la société neuchâteloise. C'est d'ailleurs ce que nos nouvelles collaboratrices et nouveaux collaborateurs relèvent systématiquement : cette satisfaction de voir l'utilité directe de leur engagement dans le quotidien des élèves, de leurs enseignant-e-s et de leurs familles. 

Par ailleurs, l’État de Neuchâtel offre un cadre de travail privilégié. Grâce à la taille modeste du canton, nous restons une organisation à taille humaine. Les contacts entre services sont facilités et la hiérarchie, bien qu'existante, est beaucoup moins pesante que dans de grandes structures. C'est un environnement qui favorise l'agilité, le dialogue direct et la collaboration. 

Un lieu que vous appréciez particulièrement dans le canton ?

Installé dans le Val-de-Ruz, j’éprouve un attachement particulier à la Côtière, pour son panorama sur le val et le Jura, comme pour la lumière du soir. Mes racines familiales, par ma grand-mère maternelle, expliquent sans doute aussi mon attrait presque instinctif pour les vallées de la Sagne, des Ponts et de la Brévine. 

En trois mots, comment décririez-vous le canton de Neuchâtel ?

Diversité (de nos régions et de nos identités)

Complexité (héritée peut-être de notre fascination pour la complication horlogère)

Innovation (moteur indispensable de notre résilience)