Parcours et regard

Quel a été votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai obtenu ce qui s’appelait encore un CFC de policier à l’école d’aspirant-es de la police neuchâteloise en 1999. J’ai travaillé comme inspecteur de police judiciaire durant 10 ans, puis comme instructeur. J’ai ensuite exercé un mandat politique professionnel de conseiller communal à Milvignes en menant en parallèle des missions pour les Nations Unies, comme expert du travail de sécurité publique et de la protection des droits humains.

Depuis trois ans, je dirige le Service de la cohésion multiculturelle. 

Quelles sont les missions principales de votre service ?

Nous sommes en charge de l’intégration et de la cohésion multiculturelle. Nous assurons dans nos guichets des prestations comme les consultations sociales, traductions, médiations, soutien aux associations, la préparation à la naturalisation et assurons des expertises et des formations dans le domaine de la diversité et de la lutte contre le racisme, notamment dans les écoles et auprès des autres services publics.

Nous menons de nombreuses actions pour favoriser la cohésion entre tou-tes les neuchâtelois-es, promouvoir la diversité de nos cultures, l’égale dignité et les interactions actives entre tous les groupes de population. 

Deuxièmement, nous conduisons le programme d’intégration des personnes réfugiées confiées au canton de Neuchâtel. De l’information à l’arrivée jusqu’à l’autonomie professionnelle, en passant par l’acquisition de la langue et l’ensemble des mesures nécessaires pour chaque personne comme la formation, la préparation à l’accès à l’emploi, l’encouragement précoce de la langue pour les enfants, l’intégration sociale et le vivre-ensemble.

Finalement, nous exploitons les deux centres d’acquisition des compétences Espace, à la cité universitaire et à la ronde à La Chaux-de-Fonds, dans lesquels les apprenants suivent des cours, font des stages d’insertion socio-professionnels dans des structures ouvertes au public comptant sur une halte-garderie et deux excellents restaurants. 

Quels sont les principaux enjeux ou défis auxquels vous êtes actuellement confronté·e ?

L’accès à l’emploi pour les personnes réfugiées est complexe dans un moment économique où la concurrence est importante, les compétences demandées sont spécialisées et le nombre de places de travail diminue.

L’augmentation du racisme, sa diffusion par les algorythmes des médias numériques et sa banalisation dans les discours politiques génèrent aussi de la violence pour toutes les personnes membres de notre communauté qui ont un lieu avec une autre origine, religion, langue ou culture, c’est-à-dire plus de la moitié d’entre nous. 

Qu’est-ce qui rend votre service particulièrement important pour la population neuchâteloise ?

En confiant à notre service le travail de cohésion et d’intégration il y a trente ans, le Grand Conseil à l’unanimité de tous les partis représentés a considéré que cette action publique permettait de protéger tous les domaines de la vie en société, pour tou-tes les neuchâtelois-es, d’où qu’ils elles viennent. 

Faire exister l’égale dignité, la diversité, le vivre-ensemble augmente la sécurité et réduit la violence. Cela augmente aussi la qualité de l’éducation, de la prévention collective. Ou encore la prospérité économique et la protection sociale, en assurant que le plus grand nombre participe à l’économie cantonale. La vie culturelle commune est enrichie en faisant exister les cultures. Il y a en effet plus de cutures que de nationalités ! 

Pouvez-vous donner un exemple concret d’action menée par votre service ?

Dans les deux centres Espace, 300 personnes arrivées du monde entier suivent chaque jour des programmes d’acquisition de l’alphabétisation, du français, de la numératie ou des connaissances civiques. 

Elles participent également à des stages d’insertion socio-professionnelle dans plusieurs domaines d’activité dont la restauration. Ce qui permet d’exploiter les deux restaurants publics, dans lesquels des neuchâtelois-es se restaurent chaque midi avec des plats bon marchés, conçus par les équipes professionnelles et les stagiaires.

Dans les mêmes structures, les enfants des apprenant-es sont reçus dans les halte-garderies lorsque leurs parents suivent des cours. Les enfants y sont encouragés à l’apprentissage du français par le personnel éducatif. 

L’énergie qui circule dans ces lieux, grâce aux personnes engagées qui y sont actives, est spectaculaire. 

Que diriez-vous à une personne qui envisagerait de rejoindre votre service ou l’État de Neuchâtel ?

Consacrer son activité professionnelle au service des autres est un choix noble. Cela ne génère pas de profit financier direct pour une entreprise ou pour des actionnaires, mais donne un sens humain à l’utilisation de nos heures.

À l’intérieur des départements et des services, cette approche d’un service public performant, efficient, qui accepte la critique et encourage la créativité, tourné vers une société juste vit à travers le travail de chaque collègue. Cela constitue une identité forte.  

Un lieu que vous appréciez particulièrement dans le canton ?

Le centre-ville de Neuchâtel, le troisième vendredi de septembre vers 18 heures. L’arrivée de milliers de neuchâtelois-es aux multiples identités, depuis tous les coins du canton, heureux de célébrer ensemble la fête des vendanges a le don de calmer mes inquiétudes. 

En trois mots, comment décririez-vous le canton de Neuchâtel ?

Centre du monde.

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