Christelle Maire De Bellis, responsable du secteur de la certification professionnelle pour adultes au service des formations postobligatoires et de l’orientation (à gauche), et Marcia Da Costa, participante aux cours en compétences de base.
Renforcer les bases pour relancer son parcours professionnel
Le Canton de Neuchâtel offre aux adultes en emploi la possibilité de progresser en français, en mathématiques et dans l’utilisation des outils numériques. Marcia Da Costa a bénéficié de ce programme de formation l’an dernier. Elle témoigne, dans un français clair.
Marcia Da Costa le dit sans détour : « Je ne savais pas écrire le mot oui ! » A 53 ans, elle achève aujourd’hui sa formation d’assistante en soins et santé communautaire CFC (ASSC). En parallèle, elle a amélioré son niveau de français, grâce au programme cantonal de renforcement des compétences de base. « Ce programme a été mis en place en 2021, dans le cadre de la stratégie en matière de formation des adultes adoptée par les autorités cantonales et déployée à travers une convention avec le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation de la Confédération », résume Christelle Maire De Bellis, responsable du secteur de la certification professionnelle des adultes à l’Etat de Neuchâtel. « Il s’adresse aux adultes en emploi du canton et propose des cours de base en français, mathématiques et technologies de l’information et de la communication (TIC). »
« Une grande chance »
Originaire du Brésil, Marcia Da Costa est arrivée en Suisse il y a une trentaine d’années. Elle travaille d’abord en cuisine, puis devient aide-soignante. Elle prend ponctuellement quelques cours de français, notamment à l’Ecole-club Migros. « Pour aider mes enfants à faire leurs devoirs », explique-t-elle. Le besoin de renforcer ses compétences linguistiques se fait sentir lorsqu’elle décide d’entreprendre une formation d’ASSC dans le cadre d’un parcours « article 32 ». Ce dispositif permet à des adultes en emploi et au bénéfice de plusieurs années d’expérience d’obtenir un CFC ou une AFP sans passer par un apprentissage classique. Elle décide donc de s’inscrire au programme, soutenue dans sa démarche par son employeur. Tout commence par une évaluation au Centre de formation professionnelle neuchâtelois (CPNE). « Ils devaient voir de quoi j’avais besoin », explique Marcia Da Costa. Elle le sent déjà : « A l’oral, ça allait, mais l’écrit était difficile. » Le résultat des tests confirme ce décalage. Elle est alors orientée vers des cours de français offerts par le canton et animés par l’association Lire et Ecrire. « C’était une grande chance. » Ces formations ont lieu toute l’année, à Neuchâtel et à La Chaux-de-Fonds. « Il est possible de les intégrer à n’importe quel moment, et d’y assister le temps nécessaire », précise Christelle Maire De Bellis. Des tests permettent de faire le point jusqu’à ce que les objectifs soient atteints.
Un impact au travail et dans la vie quotidienne
Marcia Da Costa rejoint un groupe d’une dizaine de personnes, de cultures et de niveaux différents. « La formatrice s’adaptait, elle demandait: de quoi avez-vous besoin ? » raconte-t-elle. La solidarité s’installe naturellement : « Il y avait une dame qui ne savait pas écrire au début ; grâce à mes progrès, je pouvais l’aider. » Elle gagne en aisance à l’écrit et en précision à l’oral. Et les bénéfices dans sa vie professionnelle sont incontestables : « On utilise une tablette pour transmettre les informations entre collègues ; j’ai vu la différence. » Ses progrès lui permettent d’être plus à l’aise dans sa formation d’ASSC CFC : « Le 1er juin, j’ai l’examen écrit ; j’ai encore du stress, mais moins qu’avant. » Marcia Da Costa apprécie également la différence au quotidien : « Quand je reçois une lettre, je comprends. » Elle évoque encore l’importance de maîtriser la langue du pays dans lequel on veut s’intégrer. Et puis, la confiance en soi : « Il faut bien parler pour être écoutée. »
Des profils variés
Comme Marcia Da Costa, 114 personnes ont bénéficié du programme de renforcement des compétences de base en 2025. « Les profils sont variés – entre 30 et 50 ans en moyenne, avec environ deux tiers de femmes – et les parcours sont hétérogènes : des étrangers mais aussi des Suisses, parfois déjà titulaires d’un CFC suivent ces cours », résume Christelle Maire De Bellis. « Les demandes concernent principalement le français, puis les outils numériques, tandis que les mathématiques restent plus marginales. » Marcia Da Costa conclut simplement : « Je conseille ces cours à tout le monde. »
Le programme de formation en bref
– Pourquoi ? renforcer l’intégration professionnelle et l’autonomie.
– Qui ? adultes en emploi domicilié-e-s dans le canton.
– Quoi ? français (oral/écrit), mathématiques élémentaires, outils numériques (TIC).
– Comment ? évaluation au CPNE, puis cours adaptés.
– Où ? Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds.
– Quand ? possibilité de commencer à tout moment dans l’année.
– Combien ? offert aux Neuchâtelois-es en emploi.
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Comme Flore Tchiegang, six autres personnes bénéficient actuellement d’une aide à la formation en soins infirmiers. Ce dispositif, lancé en 2025 et en phase pilote, est coordonné par le service de l’emploi avec l’appui du service de la santé publique.
« Je suis plus motivée que jamais pour décrocher mon diplôme »
Flore Tchiegang a 40 ans. Maman de deux enfants, elle est actuellement en deuxième année à l’École supérieure de soins infirmiers (ES) de Saint-Imier (BE). Au bénéfice d’une aide à la formation, elle livre ici son témoignage.
« Le soutien financier a tout changé pour moi. C’est le directeur de l’école qui m’a parlé du dispositif d’aide à la formation en soins infirmiers. Quand on m’a confirmé que j’y avais droit, j’ai pleuré de soulagement dans les bureaux du service de l’emploi. J’allais pouvoir étudier sereinement, sans devoir effectuer des remplacements en plus de ma formation et sortir d’une impasse financière. Aujourd’hui, je suis en deuxième année, et je suis plus motivée que jamais pour décrocher mon diplôme. À la base, j’ai une formation d’aide-soignante. J’ai travaillé en home pour
personnes âgées pendant plus de dix ans, puis j’ai passé un CFC d’assistante en soins et santé communautaire. C’est là que j’ai réalisé que je devais aller plus loin que la simple exécution des soins ; je voulais comprendre, réfléchir, et prendre de vraies responsabilités vis-à-vis des patients en devenant infirmière.
À 40 ans, je sais donc exactement pourquoi je suis là. Et avec deux enfants à ma charge, je ne me suis pas engagée à la légère. Dans
ma volée, on était 32, et on s’est retrouvé à 21 au bout de quelques mois. C’est vrai que la théorie est un peu compliquée au début, mais petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et on a de meilleures notes. Et puis certains jeunes abandonnent en découvrant la réalité pendant les stages ; le métier est exigeant et c’est parfois dur sur le terrain. Il faut une vraie motivation pour devenir infirmière. Moi, je me sens à ma place. Et très privilégiée d’être payée pour étudier. Nous sommes aussi très entourés par nos professeurs; ils sont particulièrement accessibles et attentifs à nos difficultés pendant les cours ou les stages.
Je ne dirais quand même pas que tout est facile ; ça me demande beaucoup d’organisation et de travail personnel. Je me lève très tôt pour étudier, parce que je veux garder du temps le soir pour mes enfants. Ma fille et mon fils ont compris que c’était un projet important et ils me soutiennent. Il y a aussi une grande solidarité autour de moi, mon entourage prend le relais quand je ne suis pas à la maison. Tout cela me permet de garder le cap pour atteindre mon objectif : je vais devenir infirmière.
À ceux qui hésitent, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur. Si vous êtes réellement motivé, et que vous avez la chance de pouvoir obtenir
cette aide à la formation, il faut vous lancer ! »
Trois questions à Julien Ferraro, conseiller employeurs au service de l'emploi (SEMP)
Quel est l’objectif de l’aide à la formation en soins infirmiers ?
Ce projet pilote s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative fédérale visant à renforcer les soins infirmiers. C’est une réponse concrète à la pénurie de personnel et au fort taux d’abandon des étudiant-e-s en formation initiale, souvent lié aux difficultés à concilier vie privée, charges diverses, vie d’étudiant-e et possiblement petits jobs en parallèle des études. On estime que les profils visés en reconversion s’engagent davantage en connaissance de cause, souvent après une première expérience professionnelle dans le domaine de la santé. L’aide à la formation repose sur un financement de la Confédération et du canton. En contrepartie, on demande aux personnes qui en bénéficient un engagement moral de travailler au moins trois ans dans le canton à l’issu de leur formation.
Quels sont les critères de sélection des candidat-e-s ?
Il faut être âgé de 25 ans minimum au moment de l’entrée en formation et disposer de ressources modestes. Il faut, en principe, être domicilié dans le canton depuis au moins six mois, avoir un casier judiciaire vierge, et un niveau suffisant pour suivre une formation exigeante. L’accent est mis aussi sur la motivation et sur la compréhension du métier par les candidat-e-s. En ce sens, un stage d’observation de cinq jours doit être effectué au cours du processus de sélection.
Comment les personnes en formation sont-elles accompagnées ?
Les candidat-e-s sélectionné-e-s entrent pour trois ans en école supérieure (ES) ou en haute école spécialisée (HES), au bénéfice d’un soutien financier de 3500 francs par mois pour une personne sans enfant. Ce soutien doit leur permettre de se consacrer pleinement aux études en évitant le cumul d’emplois. Un suivi mensuel est assuré par notre service pour vérifier leur assiduité, anticiper leurs difficultés et les accompagner en cas de problème, que ce soit sur le plan académique, personnel ou dans le cadre de leurs stages. L’objectif est de limiter les échecs et les abandons.