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Bref historique

XIXème siècle : une exploitation intensive

Jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle, la forêt neuchâteloise, comme partout ailleurs, était soumise à une exploitation intensive, à des coupes rases et à des déforestations compromettant le rôle de protection des forêts contre les avalanches, les crues et laves torrentielles. Le bétail pouvait y circuler librement ; dents et sabots occasionnaient des dommages considérables et la régénération naturelle ne pouvait pas s’installer.

Face à cette situation, le législateur fut amené à prendre les mesures afin d’assurer la pérennité des forêts. La première loi forestière cantonale date de 1869, instaurant l’interdiction de défricher et de faire pâturer les bêtes en forêt. La gestion reste en revanche très classiquement axée sur une structure des peuplements en classes d’âges, exploités en coupes rases à maturité, altérant le sol et détruisant l’habitat des plantes et des animaux hôtes.

Extrait recadré d'une photo dans la forêt de Couvet, 24 septembre 1929. Henry Biolley prend fièrement appui sur un épicéa dans la division I/14.

Début du XXème siècle : la forêt jardinée

L'arrivée des combustibles fossiles et de l'électricité détrôna le bois dans son rôle prépondérant d'agent énergétique et la pression sur les massifs forestiers se relâcha peu à peu.

Dès 1890, sous l'impulsion de l'ingénieur forestier Henry Biolley (1858-1939), les principes d'une pratique sylviculturale respectueuse de la nature ainsi que les fondements d'une méthode d'aménagement cohérente furent instaurés dans le canton de Neuchâtel, tout d'abord dans les forêts de Couvet, puis rapidement sur l'ensemble du territoire cantonal.

Le jardinage préconisé par Biolley prône l’exploitation d’arbres désignés dans la forêt, permettant aux autres arbres, de tous âges et de toutes espèces de continuer à cohabiter, rendant possible la régénération par voie naturelle, la sélection et la mise en valeur des arbres d’avenir et l'obtention de bois de haute qualité. La méthode du contrôle permet de mesurer l’accroissement des forêts lors d’inventaires réguliers, et de la comparer aux exploitations, pour ne jamais exploiter plus que ce que le milieu est capable de produire.

Cette sylviculture exige des forestiers de larges connaissances professionnelles et un profond respect des lois naturelles. Ce n’est sans doute pas un hasard si Neuchâtel, précurseur en 1926, a été le premier canton suisse à introduire l'apprentissage de forestier-bûcheron.

Fin du XXème siècle : la carte phytosociologique

Vers le milieu du 20e siècle, le jardinage cultural dévoila ses limites sur les versants ensoleillés du Littoral. En effet, à partir de 1943 et jusqu'en 1950, la répétition d'années de sécheresse fut le révélateur de la faible vitalité des peuplements de basse altitude, où les résineux qui avaient été favorisés n’étaient pas adaptés. Ces circonstances mirent en évidence l’importance du respect des conditions locales, la station, sur toute décision sylvicole. Une nouvelle stratégie, basée sur la phytosociologie, fut introduite par Jämes Péter-Contesse et Jean-Louis Richard, tous deux ingénieurs forestiers, passionnés de botanique.

Dans les années 1960, l'avènement de la carte phytosociologique a permis d'avoir une meilleure connaissance des associations végétales naturelles. Celle-ci, toujours d'actualité, indique au sylviculteur les unités écologiques de valeurs botaniques et de fertilités différentes lui permettant d'adapter le mode de traitement ainsi que l'intensité de ses interventions en vue de garantir une gestion basée principalement sur les vocations naturelles des stations.

XXIème siècle : la forêt au climax, multifonctionnelle, objet de convoitise

L'acte sylvicole répété avec tact, de manière décentralisée et différenciée depuis plus d'un siècle dans notre canton, fait des propriétaires forestiers de ce début de 21e siècle les héritiers privilégiés d'un patrimoine d'une richesse inestimable.

La forêt neuchâteloise est multifonctionnelle par principe. Les résultats du monitoring socioculturel des forêts démontrent qu'au niveau suisse aussi, la population accorde une grande importance à toutes les fonctions de la forêt. La moitié de notre population se rend d'ailleurs au moins une fois par semaine en forêt en été. Cependant, le nombre et les types d'activités réalisés en forêt ont changé durant ces 15 dernières années. On pratique aujourd'hui deux fois plus de sport. En même temps, les personnes qui disent observer la nature en forêt sont aussi deux fois plus nombreuses. Cette multiplication simultanée des activités physiques et méditatives peut contribuer à des gênes chez une partie du public qui visite la forêt.

Malgré ces divergences de vue, 85% des personnes interrogées sont favorables au maintien de l'interdiction de défricher et veulent donc garder cet espace intact. Pourtant, le besoin constant de surfaces constructibles pour le développement des zones d'habitation décentralisées, moins chères et plus calmes, met encore sous pression l'espace rural et périurbain.

La forêt du 21e siècle a ainsi encore de nombreux défis à relever, afin de s'adapter aux usages et aux besoins d'une société changeante, exploiter durablement et trouver des débouchés pour une matière première de qualité, préserver un milieu naturel en équilibre fragile et se préparer aux dérégulations climatiques à venir.

La forêt de Couvet en exemple

Principe du Développement durable

Le développement durable est un concept que l'on résume aujourd'hui d'une simple phrase :
« un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (G. H. Bruntland, 1987).

L'idée d'Henry Biolley

Dès 1890, sous la conduite de l'éminent sylviculteur Henry Edouard Biolley, la forêt communale de Couvet fut la première à bénéficier d'un traitement attentif et continu des peuplements selon la méthode du contrôle.

Le principe de cette gestion repose sur le fait que dans toute culture, la récolte se constate et ne se décrète pas ; pour la forêt, cela signifie observer les peuplements, déterminer l'accroissement et contrôler l'évolution afin de déterminer quel volume de bois le sylviculteur peut récolter sans mettre en péril l'outil de production. C'est-à-dire que l'on évite ainsi la surexploitation et que l'on garantit durablement et pleinement une forêt prospère qui peut remplir intégralement ses fonctions.

Les forêts de Couvet : plus de 135 ans de jardinage cultural

La forêt de Couvet a ainsi le privilège d'être considérée comme le berceau du jardinage cultural contrôlé en Suisse. Cette sylviculture a pour but d'amener la forêt à un état d’équilibre qui permet de fournir en permanence le maximum d'utilités, non seulement du point de vue économique, mais aussi du point de vue des autres bienfaits.

La forêt jardinée qui résulte de ce traitement présente une physionomie caractéristique :

  • c'est une forêt conviviale, mélangée d'essences locales,
  • c'est une "forêt-famille" où se côtoient des arbres de toutes dimensions et de tous âges,
  • c'est une forêt où la régénération est naturelle et permanente,
  • c'est une forêt qui produit de façon durable et ininterrompue un volume optimal de bois de qualité; l'investissement en soins y est très restreint.

Les forêts du canton de Neuchâtel, toujours exemplaires au 21ème siècle

Toujours inspirés par les idées novatrices de leurs prédécesseurs, les forestiers et forestières du canton continuent à appliquer une gestion fine et une sylviculture proche de la nature. Ces efforts répétés ont été reconnus plusieurs fois. Ainsi, les forêts des communes du Val de Travers ont reçu en 1989 le Prix Binding pour une gestion exemplaire de la forêt. En 2008, ce sont les forêts de la montagne de Boudry qui ont été reconnues pour leur qualité par le prix Binding sur le thème de la « Diversité biologique dans le quotidien forestier ».

En 2025, la troisième version des principes sylviculturaux du canton de Neuchâtel a été publiée, prenant en compte une adaptation nécessaire des pratiques face au dérèglement climatique.

Les réserves forestières

Le canton de Neuchâtel est pionnier à plus d'un titre en ce qui concerne la gestion de son patrimoine boisé. Ainsi, outre les notions de gestion durable abordées plus haut, c'est également au niveau de la conservation de la biodiversité et des forêts que Neuchâtel a été avant-gardiste. La première réserve forestière de Suisse a été instaurée en 1882 déjà par le Club jurassien. Il s'agit du massif se trouvant des les éboulis du Creux-du-Van où pousse des arbres nains. En 1930, le Bois des Lattes situé dans la vallée des Ponts a également été mis en réserve à l'instigation de l'Université de Neuchâtel et du service des forêts. En 1996, la notion de réserve forestière a été intégrée à la loi cantonale sur les forêts.

Fin 2025, la surface totale des réserves forestières du canton de Neuchâtel couvre 3'022 ha de forêts, ce qui représente 11,9% de la surface forestière totale du canton, sans compter les massifs forestiers qui ne sont plus exploités pour d'autres raisons. Cela remplit les objectifs fixés par la Confédération et les cantons d'avoir une part de 10% de l’aire forestière en réserve, dont au moins la moitié en réserve totale, d’ici 2030.