Commentaire trimestriel

La flamme conjoncturelle vacille

Août 2022 - Marie-Laure Chapatte - Banque Cantonale Neuchâteloise

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International et national

Qui a déjà rempli son stock de bougies pour l’hiver prochain? La question prête à sourire et pourtant, s’ils semblent peu probables, des petits black-out énergétiques ne peuvent être totalement exclus. Les grandes entreprises énergivores, en Europe prioritairement, mais également en Suisse, doivent s’y préparer. En effet, la guerre en Ukraine et ses conséquences sur le gaz russe ravivent les défis énergétiques de nos pays, à l’heure où la flamme conjoncturelle vacille. Dans certaines régions du monde, beaucoup, en Suisse quelque peu. 
Après sa reprise post-Covid 19, l’économie mondiale s’essouffle. Les cours du cuivre, ce métal couleur rougeâtre considéré par certains comme un excellent baromètre conjoncturel, affichent une tendance baissière, traduisant ainsi un fléchissement de la construction aux Etats-Unis. Avec un taux d’inflation qui se rapproche des 10 % outre-Atlantique, la priorité des banquiers centraux américains réside dans la maîtrise de ce renchérissement, même si le relèvement des taux ampute quelque peu le potentiel de croissance.
Le Fonds Monétaire International (FMI) a d’ailleurs abaissé ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale (de 3,6 à 3,2  % pour 2022 et de 3,6 à 2,9 % pour 2023), estimant que cette lutte contre l’inflation « devait être la première priorité » des décideurs politiques.    
Le pouvoir d’achat des ménages est directement impacté par cette hausse des prix, certes plus modérée en Suisse. La pandémie avait permis de reconstituer une certaine épargne, l’inflation galopante a fait drastiquement chuter la confiance des consommateurs dans la zone euro et dans notre pays. Alors que le marché du travail reste particulièrement solide et que les difficultés d’approvisionnement se muent peu à peu en souvenirs, le moral des consommateurs helvétiques a plongé le mois dernier. Selon le baromètre du Secrétariat d’Etat à l’économie, il est passé sous le seuil enregistré au début de la pandémie, en avril 2020. 
Par conséquent, le ralentissement est marqué du côté du commerce de détail, alors que les secteurs des finances, de l’assurance, du commerce de gros et de l’industrie tirent mieux leur épingle du jeu, selon les économistes de l’institut KOF. Du côté des entreprises aussi – les petites semblant plus touchées que les autres - la situation s’est quelque peu dégradée, la fin du boom des biens de consommation, conjuguée au déclin de la flamme conjoncturelle, entraînent une correction des entrées de commandes. Les carnets restent toutefois bien remplis, offrant un coussin aux exportateurs. 
S’il y a enfin une flamme qui ne vacille pas, c’est celle de la découverte et du grand air. Même si nos compatriotes ont renoué avec la Toscane, Ibiza ou des destinations encore plus exotiques, les vacances au pays sont restées particulièrement prisées. Mieux, nos villes lacs et montagnes ont à nouveau vu défiler bon nombre de touristes étrangers, même s’il reste ici un potentiel, notamment en provenance d’Asie.



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Neuchâtel

Si
Si la dynamique touristique a été incroyablement positive en Suisse avec une hausse de 47,3 % des nuitées au cours du premier semestre 2022, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), elle l’a été un peu moins dans notre région. Neuchâtel a enregistré une progression de 13,2 %, en-deçà de la moyenne, performant toutefois mieux que sept autres cantons. 
Alors que les exportations ont continué de progresser, certes à un rythme moins soutenu qu’auparavant malgré la quasi parité du franc avec l’euro, Neuchâtel pourrait, en raison de son tissu dense de sous-traitants actifs dans l’horlogerie, souffrir du recul récemment enregistré dans ce secteur. Les perspectives favorables annoncées par certains grands groupes permettent de rester optimiste. 
Si la marche des affaires est actuellement très positive, l’enquête du KOF montre une détérioration dans la visibilité future. L’indice désaisonnalisé des perspectives concernant les entrées de commandes de l’industrie neuchâteloise recule pour atteindre le niveau qu’il avait à l’automne 2020. Pas de quoi s’alarmer toutefois, la flamme se maintient, notamment sur les perspectives de production et sur le front de l’emploi. Comme en Suisse romande, le taux de chômage a toutefois repris 0,1 point le mois dernier, notamment en raison de l’arrivée des étudiants sur le marché du travail. A Neuchâtel, il s’est établi à 2,8 % à fin juillet. 
Alors si la question de l’emploi n’en est plus vraiment une pour les habitantes et habitants du canton de Neuchâtel, celle du pouvoir d’achat des ménages va devenir plus criante ces prochains mois. En effet, si l’inflation reste contenue dans le pays, avec quelque 3 % environ, elle progresse néanmoins. Et clairement plus vite que les salaires. Il ne fait aucun doute que les négociations autour des hausses salariales entre les divers partenaires sociaux s’annoncent particulièrement musclées cet automne. L’issue de ce bras de fer est incertaine.