Commentaire trimestriel




Un refroidissement temporaire ?

Novembre 2019 - Jean-Pierre Ghelfi, Économiste

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International 

Le climat se réchauffe, mais celui de l'économie se refroidit. Les causes n'en sont pas spécifiquement économique, mais plutôt de nature politique : conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, conséquences du Brexit, avec ou sans contrat de divorce, instabilité dans nombreux pays, ratification ou non de l'accord institutionnel entre la Confédération et l'Union européenne.

Plus généralement, la remise en cause d'accords multilatéraux rend incertaine, si des événements devaient la requérir, une coopération internationale analogue à celle intervenue en 2008 pour contenir les dégâts occasionnés par la crise financière. Situation d'autant plus paradoxale ayant des conséquences imprévisibles que les économies, les plus grandes comme les plus petites, sont plus imbriquées que jamais.

Notons aussi que deux « écoles » s'affrontent sur l'état actuel de l'économie mondiale. L'une relève que de nombreux pays et entreprises croulent sous des montagnes de dettes, encouragées, si l'on ose dire, par des taux d'intérêt historiquement très bas. L'autre « école » considère qu'il ne faut pas trop dramatiser les nuages qui s'accumulent. D'ailleurs, ces prétendues montagnes de dettes doivent être mises en regard de créations de richesses sans précédent. Allez savoir !

En adoptant ce dernier point de vue, plutôt optimiste, on dira que le fléchissement de la conjoncture dans toutes les grandes économies du monde, dont font état le FMI et l'OCDE, ne serait que passager. La conjoncture devrait progressivement s'améliorer l'année prochaine. A considérer néanmoins que le volume du commerce mondial est en recul depuis trois trimestres, alors qu'il avait enregistré une hausse annuelle de 2 à 2,5% au cours des dix dernières années.

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Suisse

La situation de l'économie nationale n'évolue pas vers le beau. Les informations fournies par le KOF (Centre de recherches conjoncturelles de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich) et diverses associations professionnelles font état d'une détérioration des perspectives d'activités des entreprises. Le refroidissement s'observe depuis le printemps ou l'été selon les branches.

L'indice du climat de consommation calculé par le Seco (Secrétariat d''Etat à l'économie) sur la base d'enquêtes trimestrielles auprès des ménages est en recul par rapport à l'année dernière. Il est surtout le plus mauvais depuis 2010. La comparaison entre les données fournies par cet indice (ex ante) et la réalité (ex post) atteste de sa fiabilité en tant qu'indicateur avancé non seulement de l'évolution conjoncturelle, mais aussi du marché de l'emploi. Le KOF fournit une prévision analogue. Ses enquêtes auprès des entreprises montrent également une dégradation des perspectives d'emploi.

La détérioration prévue n'est pour autant pas générale. Elle touche principalement les entreprises dont les produits sont destinés à l'exportation. Il est fait état de trois causes. Les incertitudes de nature politique, mentionnées précédemment, se traduisent par un recul des dépenses d'équipements et d'investissements. Le rythme de croissance de plusieurs grands pays faiblit. La hausse de notre monnaie pèse sur la rentabilité des entreprises, qui craignent de revivre une situation comme celle qu'elles ont affrontée en 2015 lorsque la BNS avait cessé d'aligner le franc sur l'euro.

Les entreprises dont les activités sont tournées vers le marché intérieur font état de perspectives plus rassurantes. C'est notamment le cas dans la construction, et plus généralement dans les services (le secteur financier en particulier). Une hausse des offres d'emploi est attendue.

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Neuchâtel

La conjoncture neuchâteloise ne se présente à priori pas très différemment de celle de l'ensemble de l'économie nationale. A priori, car le nombre des entreprises qui répondent aux enquêtes du KOF est en baisse régulière depuis quelque temps, de sorte qu'on peut se demander si les renseignements qu'elles fournissent continuent de constituer un échantillon des branches auxquelles elles appartiennent.

Si l'on s'en tient aux informations disponibles relatives au secteur secondaire, on observe quelques différences d'appréciation entre les perspectives nationale et neuchâteloise. Mais les divergences d'appréciation sont peu significatives.

Ainsi, les entreprises locales font état d'une détérioration un peu plus nette de leurs perspectives d'entrées de commandes, de production et d'emploi. Néanmoins, l'indice synthétique calculé par le KOF qui prend en compte l'ensemble des appréciations fournies est dans le rouge depuis plus longtemps au niveau national que neuchâtelois. En ce qui concerne deux indicateurs importants — la marge bénéficiaire et les perspectives d'activités prévues pour les prochains mois —, on n'observe pratiquement pas de différences entre le niveau local et national.

On peut ainsi observer que les entreprises du secteur secondaire établies dans notre canton ne sont pas, ou ne sont plus, dans une situation différente de celles du reste du pays. Elles doivent affronter les mêmes turbulences de l'économie mondiale et elles paraissent aussi être en état d'y faire face. C'est un mieux par rapport à la situation que nous connaissions il y a encore quelques années.